Broderie, bijoux et survie dans le Tharparkar, au Sind

Femme travaillant sur un quilt Ralli à Tharparkar, Sindh. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.
En m'intéressant aux rallis intensément colorés et géométriques ainsi qu'aux textiles brodés de Tharparkar, dans le Sindh, j'ai découvert les lourds ornements en argent portés par les femmes autour du cou, aux chevilles, au nez, aux oreilles et aux bras. À première vue, ils semblent plutôt inconfortables, mais plus je les observais, plus j'en tombais amoureux. Cela m'a conduit à approfondir mes recherches sur l'artisanat matériel de la région du Thar, le savoir-faire unique de ces pièces, les tatouages gravés sur la peau et les murs en terre peints. J'ai commencé à voir un motif dans cet héritage qui a inspiré un aspect important de la mode moderne, qu'il s'agisse de textiles, de bijoux, de décoration intérieure ou d'extérieur. Mais cela est juxtaposé à la dure réalité de la pauvreté matérielle ressentie dans la région. La richesse des ornements décoratifs et des textiles change soudainement de sens. Je commence à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un luxe, mais peut-être d'une nécessité liée à l'identité. Ces tissus traditionnellement brodés, ces bijoux en métal épais, ces motifs dessinés sur les murs d'argile ou ces tatouages sont des héritages vivants, représentant une continuité et des archives de mémoire et d'appartenance.

Femme de la communauté Rabari du Sindh, au Pakistan. Ces boucles d'oreilles sont appelées Kambioo ou Wedla dans la langue locale. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.

Femme hindoue Kachhi Kolhi du Sindh, au Pakistan. Les bracelets en argent sont appelés Sooriyoon et le collier est appelé Doro. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.
Les épais bracelets en argent Sooriyoon portés par les femmes symbolisent une richesse rendue visible, un héritage portable porté à même la peau. Les bracelets de cheville, les bracelets de poignet et les colliers portent des histoires de dot et de sécurité dans un endroit où la richesse ne pouvait pas toujours être conservée en banque. Leur poids est aussi symbolique que matériel, une sorte de protection, agissant comme une amulette et une armure de résilience.

Cou d'une femme hindoue Kachhi Kolhi du Sindh, au Pakistan, orné de tatouages culturels. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.
Cependant, il est crucial de reconnaître que, comme toutes les pratiques culturelles dynamiques, elles ne sont pas statiques mais naviguent constamment face aux pressions contemporaines des changements économiques modernes et du changement climatique.

Femmes dans le Sindh rural, au Pakistan, rentrant chez elles après avoir été chercher de l'eau potable. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.
À Tharparkar, ce trésor d'artisanat et de patrimoine culturel côtoie la pénurie d'eau potable, de nourriture et de services de santé. Cette situation est intensifiée par un environnement rude et en mutation. Les sécheresses récurrentes, la chaleur extrême et la désertification font de la survie un défi quotidien. Pour les communautés qui ont traditionnellement vécu un mode de vie nomade ou semi-nomade, les défis climatiques renforcent la précarité matérielle, rendant l'accès aux nécessités de base encore plus difficile.
Pour les habitants de Tharparkar, leur richesse est culturelle, et pourtant c'est précisément cet héritage qui soutient la vie d'une manière que la monnaie ne peut mesurer, démontrant la profonde endurance de ces traditions même si elles évoluent subtilement en réponse à l'évolution des conditions.

Femmes de Tharparkar portant des bracelets Sooriyoon. Image d'Emmanuel Guddu du Sindh.

Un village à Tharparkar, dans le Sindh. Image d'Asad Zaidi